Tournesols

Tournesols
Tournesols. (Odile Alliet) www.odile-alliet.com

Autour de l'exposition

 ODILE ALLIET

http://www.odile-alliet.com/


EXPOSITION DE TABLEAUX, AQUARELLES, MONOTYPES ET GRAVURES
du jeudi 19 mars au samedi 4 avril
dans les locaux de la Galerie THALIE
26 rue Robert Fleury
Paris 75015

VERNISSAGE LE JEUDI 19 MARS 

à partir de 18 heures

Portes ouvertes des Artistes du  15ème les samedi 21 et dimanche 22 mars

 

 






Pour célébrer cet évènement, voici quelques textes autour des tableaux  d'Odile Alliet, en hommage à son travail.




Les tableaux d'une exposition, suivre le fil des visages le long des murs.








L'angoisse originelle du regard découvre l'énigme de chaque visage, sa solitude, son émoi, sa simple présence impérieuse









...qui se démultiplient au fil du graphisme en une multitude d'échos, en une kyrielle de visages-écritures minuscules, successifs, rassemblés/dispersés




... jusqu'à la multiplicité confuse de la foule, jusqu'à l'isolement parallèle et désolé des marionnettes,



jusqu'au rictus ironico-tragique des gargouilles.









Mais l'élégance et la sûreté du trait, la maîtrise de l'art sauvent la pauvre humanité de ses tourments intérieurs et lui ouvrent tout grands les souffles de la nature, les vents de la tempête, la torsion vibrante du pommier et du saule, la paix des eaux et les brumes du soir jusqu'au nocturne féérique du clair de lune au cheval.
Et puis, le noir des hommes et de la nuit cède aux moires colorées des anémones et des fruits.





Jean François Juilliard
 


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Cris et écrits

 



Visages écritures, écriture de visages

L’O de la bouche crie
Un E coiffe le jambage du front
Le menton s’affaisse dans le creux du V
Le tréma des yeux se pose sur l’arête vive du nez
L’oreille s’étonne, point d’interrogation.

Visages tordus de douleur, d’un trait de plume vous éclatez de rire.
Figures posées sur la ligne, vos pleins et vos déliés débordent sur la page.

En filigrane sous la ronde des lettres, des visages envisagent la page pour durer.
De biffures en ratures le cri écrit dure,
Et le visage vit sur la page.


***



Gargouille en vadrouille

La forêt, enfin. Le sentier s’enfonce entre les rochers, sous les arbres, se perd dans le secret de la nuit, au creux de la terre. J’ouvre les yeux, le bec, les oreilles. Tout voir, tout sentir, tout entendre. J’ai peur de  ne plus savoir. Ma peau s’est fripée et ridée, flétrie par la fumée et les gaz d’échappement. Mes yeux se sont durcis et figés, obstrués des miasmes de la ville, de la poussière collée au front des édifices. Ma bouche crie dans le vide, mes oreilles s’écarquillent, blessées des stridences, hurlements des sirènes, nuisance des paroles. Les hommes m’ont transmis leur laideur, contagion de mal et de souffrance. J’ai perdu ma carapace-cathédrale ; je suis seul ce soir errant dans la forêt comme un rêve exclu de la beauté des pierres. Des nervures se nouent dans mon cou. Mon bec d’aigle appelle les oiseaux endormis. Ma tige de pierre dressée vers l’horizon s’est brisée. Je réponds haletant aux arbres qui font signe. Je voudrais ancrer mes racines dans une odeur de terre et d’eau, écouter le murmure des feuilles, vivre la paix de l’herbe et du nuage.


***



Homme à la fenêtre



Le visage occupe toute la toile, encadré par les montants de la fenêtre. Enfermé. Sa présence emplit l’espace, obstrue l’ouverture. On ne voit ni ce qui se passe à l’intérieur, ni ce qui se joue au-dehors. Une aube blafarde se pose sur le front, l’arête du nez, éclaire la prunelle de ses yeux. Aucun son ne filtre de la bouche que barre le bord du tableau. Les traits immobiles restent silencieux.
Moi qui me voulais spectateur, je ne peux échapper au regard posé sur moi. Les lignes des boiseries, des rides, du nez et de la bouche contrastent avec la courbe broussailleuse des sourcils, l’ovale des yeux qui me fixent. Pas de jugement, pas de prière dans ce regard. Non. Une détermination. Dans sa prison obscure, il ne renonce pas. Il regarde.
Sur le côté du tableau, un horizon plus clair, une autre fenêtre. Une porte peut-être, une issue, un ailleurs, une vérité. L’homme du fond de sa caverne ne voit jamais que des ombres.



***


Une pensée pour elle











Où es-tu ? Que regardes-tu à travers le rideau de brume ? Que cherches-tu ? Mes épaules plient sous le poids de ton visage. Je me tourne vers toi sans arriver jamais à croiser ton regard. Tu marches sans me voir, tout entier absorbé par un monde que je ne connais pas. Ton corps disparaît derrière le mien, avalé par l’ombre. L’arc noir de tes sourcils creuse tes orbites. Tu me protèges, tu me dissimules, tu m’oublies, tu t’éloignes. On disait autrefois que nos visages se ressemblaient. Pour la couleur et la forme des yeux. Aujourd’hui on ne voit plus rien de tes yeux qui se brouillent, ni des miens tendus vers toi, hors du temps.
Je marche, j’ai froid. Sur l’écharpe serrée autour de mon cou se diluent les couleurs de la vie. La pâleur de ton front coule sur mes joues. Ton ombre claire me conduit à l’aveugle vers la vitre rayée de neige. Ton absence efface le monde sous un linceul de craie.

Marie-Françoise Roger 

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Résistance/ Visages




«  Dans l’ombre offerte
Regard perdu, bouche close
Larmes de sang jaillies du cœur »





 

 

 

***

 

Paysage japonais




« Sous l’eau s’endorment les lotus
 Ombre bleue de l’automne
 Dans la douceur du soir, s’échangent des murmures »

 

***

 

Arrola koharria, petite maison rêvée

 

 

 

 

 

 

 







« Colline bleue, rideau d’émeraude
 Arbres à la brume mêlés
 J’irai là-bas vers mon refuge »


  

 

 

***

 

 

 

L'attente/Figures

 













 «Exilés de la nuit
 Sur le chemin de cendre
Le vent a séché vos larmes
Murmures sont vos cris » 




 

 

***

 

 

Patience

 













«  A l’ombre des grands saules
Dans l’étang vert
 Le héron guette la lune »

 



 

 

 

***

 

 

9 piments oiseaux


 
 « Pili pili
Comme une mélodie
En rouges croches
J’écris votre chant
Petits oiseaux »



***



Grands vents/ Paysages




 «Sous les rafales d'hiver
Comme les nuées sauvages
Déferle ma révolte»



Denise Vacher

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Botte de radis







J’avais une mine de déterrée… Rose avec une touche de rouge, vous me voyez fardée jusqu’à la pointe de mes cils blancs. Ma dame d’atours a déployé autour de moi la somptuosité d’une collerette et poudré de brume cette proposition crue: je suis à vous, croquez-moi quand vous voudrez.
mpc






Gargouille

 Illustration 3, Gravures 12 







Ce qui la désespère et l’épuise, c’est la colère. L’impuissance devant le mal. Dragon de façade, ce n’est pas le feu mais l’eau du ciel qu’elle crache sur l’Adversaire qui ricane. Pourtant il entendra dans ses rêves un cri s’écouler entre ses épaules jusqu’à glacer toute sève en lui.
mpc




 

 

Marie Pierre Chatras

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Linge

 




Tu étais à quelques mètres de nous. A contre-jour, une silhouette. Tu regardais un tableau. Derrière toi un homme, vous parliez. Le musée était presque désert. Sans doute Camille serait-elle passée sans te remarquer s’il n’y avait eu ton rire,  singulier. Clair en son départ, puis chancelant, comme en sanglots.
Ce rire l’arrêta net. Elle se trouvait à l’entrée de la salle. Je me souviens c’était l’été. Elle portait une robe légère, bleue, sans manches, une robe à bretelles. Cette dernière salle ne proposait que deux tableaux mineurs et, contrairement aux autres salles conçues pour exposer, elle avait une large fenêtre qui donnait sur un jardin. Plein jour. Oui je me souviens, la joue, le  bras, l’épaule de Camille au  seuil de cette salle furent frappés de lumière. Nitescence de sa peau. C’est alors que fusa ton rire, elle s’immobilisa, resta quelques secondes ainsi puis, en un sursaut elle vint à moi et m’entraina vers l’ombre du couloir. Ton nom,  elle le prononça si bas que tout d’abord je n’entendis qu’un murmure,  ce fut le regard qu’elle porta  sur toi, rapide, bouleversé,  qui me fit comprendre qu’enfin elle t’avait retrouvée. 

Hélène Veyssier

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Parc



Un cadrage sur vue marron qui n'est qu'attente, même si quelques contours sont arrivés à la surface
les pâtés presque noirs que forment les feuilles fondues, la corolle de bois mort tout ce qui reste d'une souche au presque centre, l'ovale horizontal de ce qui pourrait être une terre.
Plus on attend plus on voit l'immense lumière
tout à l'avant celle qu'arrête l'eau
les arbres à l'arrière gauche n'ont pu cacher tout le soleil
alors là-bas la demi-teinte attrape des ailes et devient écureuil ou renard ou carrément plusieurs oiseaux
et puis en-dessous on savoure, l'île serait comme un plateau couvert de riches victuailles, des dattes, des noix, des prunes gonflées
quant au lac du premier plan
la lumière est arrêtée par la surface mais elle est au fond, d'où lentement s'élève
le corps de la petite fille, bien lavé,
et le dire souillé serait continuer de ne pas voir qu'il y a
sur le mur, en bruns, crevant les yeux,
une oeuvre.

Jacqueline Dupret
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Oser entrer

 

































Marcher dans la forêt, seule, un jour de soleil et de chaleur. Comment ai-je donc fait pour prendre ce temps, ce risque de me couper de mes protections habituelles, de ce que j'ai à faire qui m'évite de saisir un morceau de jour  pour moi, seule. Et d'ailleurs qu'est-ce que je viens donc chercher ici? Sans but, sans prétexte. Pas de récolte de champignons, il fait trop chaud, trop sec. Pas de destination précise.
Juste marcher seule dans la forêt. Soudain, au moment où le pied se pose sur les brindilles qui craquent, une fois le fossé passé, où il faut regarder à ses pieds pour progresser entre les fouillis de ronces, sous les arbustes, dans les branches mortes, mon regard ne m'appartient plus. Ma vision se limite à guider mes pieds, mon corps pour pouvoir progresser. Pas de grands chemins dégagés, mais un enchevêtrement qui force aux détours. Petit à petit je me sens prise, ligotée , détournée. Perdue? Non pas vraiment. Le bois n'est pas si grand, on doit bien déboucher quelque part. Des éclats de soleil, les bruits de mes pas, des craquements, le grésillement des insectes. La mousse est fraîche sous la main. L'écorce invite la caresse, elle rassure la paume. Je me redresse. Je respire. Petit à petit je m'apprivoise. Je regarde plus loin. Une clarté, une clairière peut-être. Il y a toujours des clairières pour les enfants égarés des contes. Il faut bien qu'ils se reposent, que la forêt les accueille, qu'elle cesse de les griffer au passage. Des pierres moussues dressées comme des gardiennes. Des sentinelles rassurantes qui protègent de la divagation. On peut s'y asseoir, s'y adosser. Un arbre en a saisi quelques unes dans ses racines, il les enlace avec une tendresse un peu oppressante. Et derrière, la trouée de soleil, éblouissante. Y avancer pour retrouver la chaleur sèche du soleil. Et là, au milieu, renverser la tête en arrière et ouvrir les bras. Et ensuite?
Ensuite, au delà de la lumière, des coulées profondes plongent dans l'obscurité. Y entrer?

CJ

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